Un original du maître du maniérisme néerlandais du XVII ème redécouvert à Nice
Redécouvert dans une collection privée à Nice, le tableau que l'on pensait disparu est une version autographe de la main de l'artiste, qui, accompagné de son atelier, a dressé sur un format de frise à l'Antique un formidable panorama des dieux de l'Olympe.
Le soleil reviendra-t-il éclairer la terre ? C'est la requête de Jupiter auprès d'Apollon de reprendre les rennes du char solaire.
Jupiter et les dieux demandant à Apollon de reprendre les rênes du char du Soleil (Ovide, Métamorphoses, 2, 381?400)
Panneau parqueté
Monogrammé à gauche CH
Hauteur : 45 cm
Largeur : 97,5 cm
Restaurations anciennes, fente et petits manques.
Provenance : Collection Ripert d'Alauzier, Paris et Nice.
Expert : Stéphane Pinta, Cabinet Turquin.
Estimation : 60 000 / 80 000 €
Vente aux enchères le 17 février 2026 à 18 heures.
Florianus raconte ce passage de l'histoire de Phaéton dans sa traduction en prose des Métamorphoses. Phoebus, pleurant la mort de son fils Phaéton, dont la course débridée du char fut stoppée par le foudre de Jupiter, pense qu'à l'avenir un autre dieu devra conduire le char, et que, si personne ne s'y prête, Jupiter lui-même devra le faire.
« Tandis que Phoebus se lamentait ainsi, tous les autres dieux vinrent se tenir autour de lui et le supplièrent de ne pas laisser le monde plus longtemps dans l'obscurité. Jupiter vint aussi, s'excusa d'avoir lancé son foudre, et le pria, puis lui ordonna, en vertu de son autorité de souverain suprême, de reprendre aussitôt les rênes du char. Phoebus obéit à son commandement et rassembla ses chevaux, qu'il fouetta cruellement en les accusant de la mort de son fils. »
La gravure sur bois d'après Virgile Solis illustrant ce passage montre, sur le côté droit, une roue détachée, le char brisé et les chevaux affolés. En 1590, Goltzius développa ces motifs dans la scène du châtiment des chevaux dans son illustration d'Ovide, et plaça également l'épisode sur le côté droit de sa composition. Cornelis Van Harlem situa le châtiment à l'arrière-plan de sa peinture. Le foudre que Jupiter tient comme un sceptre dans la gravure sur bois et la gravure sur cuivre est remplacé chez Cornelis par un véritable sceptre.
Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, la scène ne représente pas l'allégorie traditionnelle de la Justice. Elle figure Jupiter, souverain suprême de l'Olympe, incarnant une autorité à la fois puissante et équitable. Ce choix iconographique est hautement significatif : Jupiter n'est pas ici le dieu vengeur, mais le garant de l'ordre du monde, capable de tempérer la violence par la sagesse. Un passage emprunté à Florianus (1566) évoque d'ailleurs le moment où Phoebus apaise Jupiter, l'empêchant de plonger le monde dans les ténèbres et la destruction, une image claire de la justice maîtrisée par la raison.
La ville de Haarlem paya à Cornelis Van Haarlem 66 livres en 1594 un tableau de ce sujet qui fut offert à Coenraet Dircksz de Rechtere (né vers 1538), sans que l'on puisse prouver qu'il s'agit de celui aujourd'hui conservé au musée du Prado, ou le nôtre (bien que la version du Prado soit datée précisément de 1594). Ainsi, le présent de ce tableau constituait-il un hommage particulièrement flatteur : la ville assimile l'autorité du magistrat à celle d'un dieu juste et souverain, soulignant la légitimité, la modération et la hauteur morale de son pouvoir. Il est difficile d'imaginer un présent plus éloquent de la part d'une cité à l'égard d'un de ses plus hauts représentants.
Notre tableau est une reprise, probablement avec l'aide de l'atelier, du tableau conservé au Prado de Madrid (panneau 44 x 98 cm) monogrammé CCH et daté 1594; inv. 2088, Pieter J.J. Van Thiel, Cornelis Van Haarlem, Davaco, 1999, n°116 pp. 338-339, fig 95).
Comme à son habitude l'artiste déploie ici son goût pour les musculatures viriles, qu'il prépare souvent par des études isolées à la sanguine (Darmstadt, Heissiches Landesmuseum, Van Thiel pl. XVI), à l'huile (Göttingen, Kunstsammlung der Universität; Van Thiel n5 pl.7 et Breme, Kunsthalle, Van Thiel n°99), à l'encre (Berlin Staatliche Museum zu Berlin; Van Thiel n°30)? mais ces « igudi » sont aussi le témoignage du goût pour les études d'après les sculptures antiques.
Cornelis Van Haarlem est avec Hendrik Goltzius et Karel Van Mander, qui fonderont ensemble l'Académie de Haarlem en 1583, l'une des figures les plus marquantes du manierisme hollandais.